Transition énergétique : la surconsommation est-elle le problème auquel on refuse de s’attaquer ?

Vu les menaces sur les communautés et l’environnement que fait peser l’exploitation des minerais de transition nécessaire au développement des technologies dites vertes, lesquelles sont présentées comme la panacée pour lutter contre le changement climatique, ne faudrait-il pas envisager de passer d’un modèle de surconsommation à une économie circulaire pour lutter plus efficacement contre le changement climatique ?

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Eric Bisil
Associé au sein du groupe ressources naturelles de l'IIED
09 May 2024
An open-cast mine

Vue aérienne de la mine de cobalt à proximité des habitations de la ville de Kolwezi en République démocratique du Congo (Photo : copyright Paulin Malilo)

Alors que la transition énergétique accroît la demande de minerais critiques pour la transition énergétique (en anglais), de nombreux gouvernements de pays riches en minerais cherchent à saisir les opportunités d'industrialisation. 

Dans le même temps, les mineurs artisanaux de pays tels que la République démocratique du Congo (RDC) cherchent à obtenir la mise en place par le gouvernement de zones dédiées où ils pourront mener leurs activités dans le respect des normes environnementales et obtenir un prix plus élevé pour leur cobalt qui l’un des minerais indispensable à la transition énergétique. 

Cependant il ne fait aucun doute que  la recherche de minerais de transition contribue à l’accélération de l'exploitation minière et que cela s’accompagne d'importants problèmes sociaux et environnementaux.

Sauver la planète à tout prix ?

L'exploitation minière est un facteur important de déforestation (en anglais). Non seulement les mines détruisent les forêts, elles s’accompagnent d’autres infrastructures qui contribuent indirectement à de nouveaux déboisements. L'extraction et le traitement primaire des métaux et autres minéraux sont également responsables de 26 % des émissions de carbone et de 20 % des effets sur la santé liés à la pollution atmosphérique

Les minerais de transition étant des composants essentiels des technologies vertes, la satisfaction de la demande mondiale en la matière première impliquera de consommer plus de minerais au cours de la prochaine génération qu'au cours des 70 000 dernières années. Un avenir où l'exploitation minière est encore plus importante qu'elle ne l’est aujourd'hui suscite des inquiétudes compte tenu du fait que les opérations minières sont souvent associées à des violations des droits de l’homme, à un manque de transparence et à un partage inégal des bénéfices au niveau local.

Nous allons consommer plus de minerais au cours de la prochaine génération qu'au cours des 70 000 dernières années

Conscients de ces défis, des organisations de la société civile telles qu'Afrewatch en RDC et des institutions continentales telles que le Centre Africain de Développement Minier appellent les pays riches en minerais et les pays ayant besoin de minerais de transition à prendre des mesures efficaces pour assurer une transition énergétique juste (en anglais) qui minimise les impacts négatifs, garantisse un partage équitable des bénéfices et veille au respect des voix des personnes marginalisées impactées par les opérations minières. 

Au niveau international, la Banque mondiale a lancé un mécanisme pour une exploitation minière adaptée à l’action climatique afin d'aider les pays en développement et les économies émergentes à mettre en œuvre des pratiques plus durables pour faire face à l'importante empreinte carbone de la dite exploitation. Au niveau du secteur privé, certaines sociétés minières ont commencé à prendre des mesures pour réduire leur empreinte environnementale en investissant dans des technologies principalement basées sur les énergies renouvelables et les systèmes de stockage d'énergie, dont le développement nécessite également des minerais de transition.

Dans le même temps, les possibilités de recyclage des minerais de transition sont fortement limitées par les défis liés à la disponibilité des produits recyclables et à l'efficacité technologique requise pour répondre aux besoins du secteur. Même dans les scénarios les plus optimistes, le recyclage n'éliminerait pas la nécessité de continuer à investir dans de nouvelles sources d'approvisionnement en minerais de transition. Dans son rapport (en anglais) paru en 2021 l'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que, d'ici 2040, les quantités de cuivre, de lithium, de nickel et de cobalt recyclés à partir des piles usagées pourraient réduire les besoins en approvisionnement primaire de ces minerais de seulement 10 %.

Il est clair que pour l'instant, les solutions technologiques vertes pour lutter contre le réchauffement climatique ne peuvent se passer des minerais de transition, qui doivent être extraits ou recyclés. 

La réduction de la consommation et l'économie circulaire peuvent-elles lutter contre le réchauffement climatique ?

Une étude (en anglais) publiée en 2015 a révélé que la production et l'utilisation des biens et services ménagers étaient responsables de 60 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Grâce à la technologie il est possible de développer des mesures d'efficacité énergétique pour contribuer à la lutte contre le changement climatique. Cependant, pour s'attaquer fondamentalement au problème, il faudrait remettre en question les modes de consommation actuels. Selon les auteurs d’un article (en anglais) publié en 2020, "la croissance de la consommation (et, dans une moindre mesure, de la population) a largement dépassé les effets bénéfiques de l'évolution technologique au cours des dernières décennies".

Un rapport (en anglais) critique de la Fondation Ellen Macarthur publié en 2021 affirme que le développement d'une économie circulaire est une stratégie convaincante pour atteindre les objectifs climatiques. L'économie circulaire va bien au-delà de la réduction des émissions de notre économie linéaire, dans laquelle nous achetons des produits basés sur l'extraction de matières premières, les utilisons et les jetons.

Cette approche apporte une réponse plus systémique au réchauffement climatique, en réduisant les émissions et en augmentant la résilience aux conséquences négatives de ce phénomène. Elle s'aligne également sur d'autres objectifs tels que la création de villes plus agréables à vivre, la répartition plus large de la valeur dans l'économie et la stimulation de l'innovation.

Ces caractéristiques font des approches de l'économie circulaire une stratégie puissante vers une prospérité sans carbone. Mais pourquoi accorde-t-on si peu d'attention à l'économie circulaire en tant que solution au réchauffement climatique ? Peut-être parce que ce concept remet fondamentalement en question notre mode de vie. Il y a quelques années encore, l'idée de remplacer les combustibles fossiles était considérée comme impossible, elle est aujourd'hui largement acceptée.

L'urgence climatique impose à l'humanité de prendre des décisions audacieuses pour inverser les modes de consommation et les pratiques qui menacent l'équilibre climatique. Nous devons avoir le courage d'explorer toutes les solutions, même celles qui nécessitent des changements radicaux dans les modes de vie. La survie de l'humanité en dépend. Des voix s'élèvent dans ce sens, et nous ne pouvons qu'espérer qu'elles seront suffisamment fortes pour que la surconsommation et l'économie circulaire figurent en bonne place à l'ordre du jour des prochaines réunions mondiales sur le climat.

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Eric Bisil est associé au sein du groupe ressources naturelles de l'IIED

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