Quel rôle pour les Groupements de Promotion Féminine dans l’accès sécurisé des femmes au foncier ?

Au Sénégal, les "groupements de promotion féminine" ont été créés afin de promouvoir l’autonomisation socio-économique des femmes et de leur permettre de mettre en commun ressources, idées et expériences afin d'augmenter leurs revenus. De façon inattendue, ils permettent aussi aux femmes – même si dans une mesure limitée - d'accéder au foncier. Dans ce blog, Ibrahima Dia, blogueur invité, analyse le rôle joué par les GPF dans l’accès des femmes au foncier.

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24 November 2020

Ibrahima Dia est assistant coordinateur a IED Afrique

A group of women writing notes on a poster.

A group of women supporting each other with employment skills in Senegal. Women’s promotion groups can also enable women to access and control land (Photo: Lauren Seibert via FlickrCC BY-NC 2.0)

Au Sénégal, comme dans d'autres pays d'Afrique subsaharienne, malgré un cadre juridique progressiste qui promeut l'égalité en matière de foncier, les femmes continuent de faire face à de nombreuses difficultés pour obtenir un accès sécurisé a la terre. Cela est principalement dû entre autres aux contraintes socioculturelles et à des problèmes de mise en œuvre du cadre légal.

En pratique, la plupart des femmes accèdent encore à la terre de manière informelle par l'intermédiaire des hommes (père, mari, oncle..). Par conséquent, elles n'ont que peu ou pas de contrôle sur les produits de la terre et par conséquent rencontrent des difficultés pour les utiliser comme base de leurs activités économiques.

Un nombre croissant de femmes contournent cette situation par le biais des "groupements de promotion féminine" (GPF). Ces groupements ont vu le jour au Sénégal dans les années 1970, sous l'impulsion du gouvernement et des organisations de développement.

Le premier blog de cette série regroupant des voix d'Afrique de l'Est et de l'Ouest et introduisant un ensemble de principes permettant de renforcer les droits fonciers des femmes est disponible ici.

L’Objectif initial des GPF était de regrouper les femmes d'un même village et ayant des intérêts communs afin de mettre en commun leurs ressources, leurs idées et leurs expériences, et de développer des activités communes pour augmenter leurs revenus. 

Contrairement aux organisations traditionnelles de femmes, les GPF sont formalisés et légalement reconnus. Ils sont présents aujourd'hui sur l’ensemble du territoire sénégalais et, au début des années 2000, il y avait plus de 6 800 GPF avec plus d'un million de membres.

Les GPF sont organisés en fédérations locales et régionales, elles même regroupées au sein de la Fédération nationale des groupements de promotion féminine, qui a obtenu le statut d'ONG en 1991. Les GPF sont dirigées par un comité exécutif, élu par les membres.

GPF: un moyen pour faciliter l’accès et le contrôle du foncier par les femmes

Bien que créés à l'origine comme des forums de formation, d'apprentissage et de sensibilisation (par exemple, à la gestion des semences ou au renforcement des compétences financières et d'expression en public), les GPF ont aidé de manière fortuite les femmes à surmonter les difficultés liées à l'obtention de droits d'utilisation individuels sur les terres et à participer aux processus de prise de décision sur le foncier.

Disposant de la personnalité juridique, les GPF peuvent faire l’objet d’allocation de droits fonciers formels. Ainsi, les femmes rurales ont donc commencé à faire des demandes d’allocations de terres par l'intermédiaire de leurs groupements. Cette pratique,  étant donné la reconnaissance juridique des GPF  a été considérée comme plus acceptable sur le plan social.

Ces attributions de terres permettent aux femmes de générer des revenus par le biais d'activités telles que le maraichage, l'aviculture, l’embouche et l'extraction de sel etc.

Nous avons parlé à des femmes membres de GPF pour savoir si et comment ces groupements ont contribué à renforcer leur accès à la terre et leur contrôle sur celle-ci. 

"En 2016, notre union locale a été affectataire d’une parcelle de 3,5 ha que nous avons exploitée individuellement. J'avais une surface de 20-25m2 où je cultivais des piments. J'ai gagné 200 000 francs CFA grâce à la vente des récoltes et j'ai pu en mettre de côté une partie pour la consommation des ménages", explique Aminata Diène, présidente de l’union locale de Missirah.

Dans la vallée du fleuve Sénégal, les campagnes de sensibilisation menées par les GPF locaux et les ONGs ont conduit la Société d'Aménagement et d'Exploitation des Terres du Fleuve Sénégal (SAED) à allouer un quota au moins 10% de ses terres agricoles aménagées aux femmes locales.  Grâce à cela, un nombre croissant de femmes ont pu accéder à des terres agricoles qui n’étaient traditionnellement accessibles qu’aux hommes.

L'action collective des GPF a également contribué à donner aux femmes une voix plus forte dans la manière dont la terre est gouvernée localement. Selon Aida Cissé, présidente de l'Union communale des femmes des GPF à Darou Khoudoss: "Les GPF sont des forums de solidarité, où les femmes peuvent partager des informations et être formées sur les questions relatives à la terre. Grâce à ces groupes, nous nous sommes mieux organisées et avons pris conscience de notre force et de notre place dans la communauté. Grâce à des organisations comme IED Afrique, nous avons développé des compétences qui nous permettent d'avoir une plus grande influence dans la gouvernance locale des terres".

Les limites de l’accès au foncier par le biais des groupements

Cela dit, les avantages de l’accès au foncier par le biais des GPF restent limités, en grande partie en raison de la petite taille des parcelles, et les parcelles étant souvent sur des terres de mauvaise qualité.

Habituellement, les droits d'usage sont accordés à l'ensemble du groupe et chaque membre bénéficie d’une petite partie de la parcelle affectée. Au moment de la répartition des terres, chaque parcelle est souvent très petite, ce qui ne permet de générer qu'une activité économique minimale. À Guédé, un village de la vallée du fleuve Sénégal, 6800 m2 de terres ont été attribuées au GPF local. Si les 40 membres se partageaient la terre à parts égales, chacun disposerait d'une parcelle de 170 m2, produisant à peine assez pour répondre aux besoins des femmes.

L'accès à la terre par le biais des GPF entrave également la lutte des femmes pour obtenir un contrôle individuel sur la terre. Lorsque les femmes accèdent à la terre par le biais de leur affiliation à un GPF, les autorités locales considèrent qu'elles ont déjà accès à la terre malgré les limitations décrites ci-dessus.

Selon Thérèse Mbaye du Réseau des femmes rurales : "Grâce à la formation et à l'apprentissage, les GPF peuvent renforcer le leadership des femmes. Mais leur impact sur l'accès et le contrôle des femmes sur la terre reste limité. Le travail de plaidoyer auprès des autorités locales pourrait aider à augmenter la taille des parcelles allouées aux GPF et ces derniers ont besoin d'un plus grand soutien technique et financier de l'État et des ONG pour faire de l'autonomisation des femmes une réalité".

Si les groupements de promotion des femmes ont contribué à promouvoir les droits fonciers des femmes et à renforcer leur participation aux processus décisionnels, ils ne doivent pas être considérés comme la solution miracle.

Tout d'abord, cette approche contourne les contraintes socioculturelles auxquelles les femmes sont confrontées lorsqu'elles tentent d'accéder à la terre, plutôt que de les résoudre. Ensuite parce que - comme nous l'avons vu - dans la pratique, elle permet souvent aux femmes de contrôler de minuscules parcelles qui n'apportent pas d'autonomie socio-économique.

Malgré ces lacunes, les GPF au Sénégal nous rappellent le pouvoir du collectif de changer les paradigmes. L'accès à la terre par le biais de groupes n'est peut-être pas la solution définitive, mais le fait d'être organisées en groupes donne aux femmes le pouvoir et la voix nécessaires pour faire changer les choses. L'action collective devrait occuper une place plus importante dans les stratégies visant à renforcer les droits fonciers des femmes.

Les groupements de femmes ont besoin de plus de soutien de la part des gouvernements et des ONG afin de devenir de véritables espaces d'autonomisation. Il s'agit notamment de renforcer l'influence politique et économique de ces groupes et de les reconnaître comme des acteurs clés du développement.

About the author

Ibrahima Dia is assistant associate at IED Afrique

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